Hypnose thérapeutique : Entre suggestion et influence, où s’arrête l’accompagnement ?
En hypnose thérapeutique, tout est suggestion, même un mot bien choisi, un silence, ou un simple regard. Chaque séance repose sur une relation unique : un praticien qui guide, un client qui explore. Mais cette relation, si subtile soit-elle, soulève une question essentielle : où s’arrête l’accompagnement et où commence l’influence ?
Quand “guider” peut aussi influencer :
Beaucoup imaginent l’hypnose comme un état où le praticien prend le contrôle de l’esprit du client. En réalité, c’est tout l’inverse : le thérapeute crée un cadre de confiance pour permettre à la personne d’accéder à ses propres ressources, à son propre rythme.
Mais, même avec les meilleures intentions, chaque mot oriente.
Dire à un client :
“Et pendant que vous respirez, vous pouvez laisser votre corps trouver son équilibre…”
n’a pas le même impact que :
“Votre corps sait exactement ce qu’il doit faire pour aller mieux.”
Dans le premier cas, le praticien ouvre une possibilité. Dans le second, il suggère déjà une direction de changement.
Ce n’est pas “mal” en soi : l’influence fait partie du processus. Mais c’est une influence à manier avec conscience, car elle touche à ce qu’il y a de plus intime : la liberté intérieure du client.
L’illusion de la neutralité totale :
Certains praticiens veulent être totalement neutres : ne rien imposer, ne rien suggérer. Mais cette neutralité absolue n’existe pas. Dès qu’un thérapeute entre dans la pièce, il influence : par sa voix, sa posture, sa manière d’écouter. Et c’est heureux, car sans lien humain, il n’y a pas de confiance, donc pas de transformation.
Le rôle du praticien n’est pas d’être une page blanche, mais de rester conscient de l’impact de sa présence. L’influence devient problématique seulement lorsqu’elle se fait sans conscience, ou lorsqu’elle remplace la liberté du client par la volonté du thérapeute.
Une question d’éthique, pas de technique :
L’éthique en hypnose ne consiste pas à “ne pas influencer”, mais à influencer avec lucidité. À chaque étape, le praticien peut se poser trois questions simples :
- 1 . Ce que je dis ouvre-t-il un espace ou impose-t-il une direction ?
- 2 . Cette parole laisse-t-elle de la place à la subjectivité du client ?
- 3 . Si je me trompe, le client sent-il qu’il peut me contredire ?
Ce cadre intérieur garantit que la séance reste un travail à deux, et non une démonstration de pouvoir.
Pour les clients, l’hypnose n’est pas une soumission :
Beaucoup de personnes hésitent à consulter, de peur d’être “manipulées”. Cette crainte est légitime… mais repose souvent sur une confusion.
L’hypnose thérapeutique n’a rien à voir avec l’hypnose de spectacle. En cabinet, le client garde le contrôle à chaque instant : il peut ouvrir les yeux, parler, refuser une suggestion. La transe hypnotique n’est pas un état d’endormissement ; c’est un état d’attention différente, où la personne devient plus réceptive à ses propres ressources.
Le praticien ne “soigne” pas : il aide à rétablir un dialogue intérieur, à mobiliser des capacités souvent ignorées ou sous-utilisées. L’influence existe, oui — mais elle est orientée vers l’autonomie, pas vers la dépendance.
La juste distance, entre bienveillance et liberté :
Un excès d’influence, c’est une hypnose qui dirige trop. Mais une neutralité glaciale, c’est une hypnose qui ne touche plus. L’art du praticien consiste à trouver la juste distance : être présent, chaleureux, impliqué, sans jamais enfermer le client dans une direction unique. Car c’est dans cette tension entre guidage et liberté que se produit souvent le changement le plus profond.
Les neurosciences le confirment : la transformation durable ne dépend pas du degré de transe, mais de la qualité de la relation et de la confiance installée.
L’importance de la transparence :
Un bon praticien explique toujours ce qu’il fait. Il peut dire, par exemple :
“Je vais vous proposer une image, mais vous restez libre de la modifier, de la rejeter ou d’en inventer une autre.”
Cette transparence est essentielle. Elle transforme la séance en un espace de co-construction, où chacun a sa part active. L’hypnose devient alors un dialogue intérieur guidé, et non une expérience imposée.
Pour les praticiens, un appel à la lucidité :
Pour les hypnothérapeutes, la question de l’influence est un miroir. Nous croyons souvent être “neutres”, mais nos mots trahissent nos croyances. Un “laissez aller” peut contenir une injonction. Un “vous pouvez vous libérer” suppose que l’autre doit se libérer.
La supervision, l’écoute de ses propres séances, le travail sur soi sont autant d’outils pour affiner cette conscience.
Être praticien, c’est accepter de questionner en permanence la portée de sa parole.
Une relation de transformation, pas de domination :
Influencer, c’est inévitable. Mais influencer avec bienveillance, clarté et humilité, c’est ce qui transforme l’influence en accompagnement.
L’hypnose ne vise pas à “prendre la main” sur l’autre, mais à lui rendre la main sur lui-même. C’est là, sans doute, que se joue la frontière entre pouvoir et soin — non pas dans la technique, mais dans la posture intérieure du praticien.
En conclusion: La suggestion n’est pas un piège, c’est un langage. Mais comme tout langage, elle demande une responsabilité. Le praticien doit savoir qu’il influence, et le client doit savoir qu’il reste libre.
Entre les deux se joue l’essence même de l’hypnose : une rencontre, une confiance, un espace où la parole devient un outil de transformation.
Et vous ?
– Si vous êtes praticien : comment travaillez-vous cette conscience de l’influence ?
– Si vous êtes client : qu’attendez-vous d’une relation d’hypnose équilibrée ?
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